Les croûtes

J'ai des croûtes au genou.
La douceur de ma peau a embrassé la dureté du béton. Le combat était inégal, mon corps dû capituler. Quand Napoléon III s'est croûté, il y a laissé l'Alsace-Lorraine... moi j'ai laissé quelques centimètres carrés de peau. Ce n'est que peu de choses me direz-vous. Ça n'empêche que c'est douloureux.

Malgré tout, j'ai de la chance dans mon malheur. Le lendemain matin, à l'aube d'une nouvelle journée, j'eus le plaisir de découvrir une croûte à la place de ma blessure. Tel un enfant émerveillé devant un don de la petite souris, je me retrouve transi de joie face au modeste présent de mon organisme. Elle était rigide et craquelée ça et là... Les croûtes ont toujours été des complices à mes péripéties. Aussi loin que je m'en souvienne, mes petites jambes maigrelettes de gamin turbulent ont toujours accueillies avec joie cette trace du passé. Une micro-seconde de perdition, pour plusieurs semaines de croûtes : le bilan est à mon avantage.

J'effleure du bout des doigts le travail de toute une nuit. L'irrégularité au toucher de ce petit monticule organique me rend heureux. Cela change de l'habituelle platitude de ma peau ! Je la regarde, la contourne, la tapote, la gratte, la caresse. Cette nouvelle venue est bien étrange. Un flash, et la fatalité du destin me saisit. Ma pauvre petite, tu disparaîtras aussi vite que tu es arrivée... Condamnée à remplacer temporairement un léger bobo. Destin tragique de la croûte, méprisé de tous. Heureusement, l'homme a trouvé la solution, et ce depuis sa plus tendre enfance : on l'arrache. Un peu de sang, pour de nouvelles semaines de pur bonheur !
# Posté le jeudi 17 juillet 2008 16:53
Modifié le vendredi 18 juillet 2008 06:40

Solène

Solène... ah Solène ! La simple évocation de son prénom me remplit de joie. Il m'évoque le Soleil, image qui représente bien la personne, cette fille étant un véritable rayon de soleil. À l'époque où je la fréquentais, je ne pouvais résister à ses sourires, qui ne manquaient jamais de m'éblouir. J'aimais cette femme. Oui, je l'aimais comme je n'ai jamais aimé personne d'autre.

Un beau début de mois d'août, je pris une grande décision, irrévocable : lui demander de sortir avec moi. Je comptais le faire dès son retour de vacances. Le soir où je l'appelai pour lui donner un rendez-vous, je fus frappé par sa voix. Elle était étrange, camouflée, comme si elle parlait dans un mouchoir. Cela me faisait penser aux kidnappeurs qui téléphonent aux familles pour en tirer une rançon. Pourtant, je reconnaissais sa façon de s'exprimer, ce ne pouvait être qu'elle. Elle m'avait prévenu d'un petit accident survenu la veille, en pleine mer. Sans vouloir rentrer dans les détails, elle m'assura que ce n'était rien de grave. Le ton employé pour me le dire me persuada du contraire.

Comme convenu, on se retrouva à onze heures du matin, devant la fontaine près de chez moi. J'ai immédiatement compris quel était son incident à la baignade. À la place du ravissant visage de ce petit joyau de la nature, se trouvait un poulpe. Au sens propre du terme. Un poulpe. Sur MA Solène. C'était comme si elle portait un masque, ou une espèce de cagoule gélatineuse absolument répugnante. Devant ma compréhensible stupéfaction, elle m'expliqua calmement que sa tête était rentrée dans cette chose alors qu'elle faisait du crawl. Malheureusement, elle n'avait pas le droit de le retirer, car ce geste risquait d'être fatal à l'animal, classé dans les espèces protégées. Elle pouvait un peu respirer et voir à travers les yeux de la bête, rien de plus.

Cette nouvelle m'effondra. Moi, amoureux d'une femme-poulpe ! Je n'osais même plus lui faire la bise, de peur de rester collé aux tentacules de l'immonde chose. Désormais, la simple idée que je puisse être amoureux d'elle me dégoûtait. Les gens ont bien raison quand ils affirment que seule la beauté intérieure compte. Dans mon cas précis, la beauté est à l'intérieur du poulpe. Nous marchâmes quelques temps dans la rue, au milieu de badauds médusés. Solène sentait le poisson périmé. Je la plaignais... avoir la tête dans le cul toute la journée ne doit pas être facile à vivre.

Je gardais espoir en me disant que la "chose" (j'avais décidé de l'appeler ainsi) n'allait sûrement pas tarder à mourir. Puis les mois passèrent, pour finalement devenir des années. 21 ans plus tard, le céphalopode le plus vieux du monde s'éteignit. François Mittérand organisa des funérailles nationales en cet honneur. Solène pleurait à longueur de journée. Ce n'était pas parce son compagnon gluant la manquait, bien au contraire. Simplement, elle avait désormais une tête en forme de poulpe, elle qui se languissait depuis des années de retrouver une apparence normale. Condamnée à devenir une technicienne de surface pendant le restant de ses jours, elle mourut de tristesse. Je n'ai rien ressenti lorsque j'ai apprit son décès... elle était devenue moche.

Moralité de cette histoire : si vous ne voulez pas rater votre vie, préférez la brasse au crawl !
# Posté le jeudi 29 mai 2008 07:05
Modifié le vendredi 30 mai 2008 08:24

Quel est le cauchemar le plus terrifiant que vous ayez fait ?

La simple évocation de ce souvenir me donne des frissons. Mon pire cauchemar... quelque chose de très atypique, comme toujours chez moi. Pourtant, tout commence bien : je suis sur une plage déserte, en compagnie d'une magnifique jeune fille. Le cadre est merveilleux, puisqu'un splendide coucher de soleil accompagne nos pas sur un sable fin constellé de petits coquillages. J'entends au loin quelques mouettes glousser, je reçois l'effluve d'une écume douce et rafraîchissante... rien n'est plus romantique. Jusque là, vous me direz que ce que je vis est incontestablement de l'ordre du rêve. Dieu sait ce que j'aurais donné pour rester dans cette situation, mais malheureusement mon inconscient (cet enfoiré !) en a décidé autrement. En effet, au moment où nous nous allongeons tous deux sur le sol afin de profiter des derniers rayons du soleil, un crabe s'approche dangereusement de mes orteils. Aïe ! Gagné !

Je me réveille en sursaut. En sueur, je me rends compte que je peux dire adieu à ma plage ensoleillée. De rage, je tape mon oreiller. Pourquoi est-ce qu'il a fallu que ce maudit crustacé vienne gâcher un si beau rêve ? Je m'arrête net car je sens quelque chose de froid et dur à côté de moi... Un squelette dort à mes côtés. Horrifié, je me précipite vers la chambre de mes parents, afin d'annoncer ma découverte. Une musique festive des années 30 traverse les murs, dont la source semble provenir d'un disque vinyle. En ouvrant la porte, je tombe nez à nez devant Marylin Monroe et Charlie Chaplin. Ils ont l'air de bien s'amuser, pas moi. Mais où sont mes parents ? À moins que ça soit... eux ? Charlot prend un seau d'eau glacée, et me le jette à la figure.

Je me réveille en sursaut. Je vérifie immédiatement si personne ne dort à mes côtés. C'est bon. Tout semble normal, apparemment je suis VRAIMENT réveillé cette fois-ci. Je me lève, en me disant que ce rêve était très bizarre. Lentement, je me dirige vers la salle de bain. Tout va bien, jusqu'à ce que je me regarde dans le miroir... paralysé d'effroi. D'habitude, je vois un moche. Dans le cas présent, je vois Cindy Sander... ou plutôt la tête de Cindy Sander sur mon corps ! Je suis encore plus laid que d'habitude, c'est affreux ! En plus, je ne peux pas m'empêcher de me donner des gifles !

Quelques semaines plus tard, je finis par me faire une raison : je suis parfaitement réveillé. J'ai du mal à m'habituer à mon nouveau physique, mais il le faut. Un jour comme un autre, je me dirige vers mon lycée, jusqu'à tomber dans une bouche d'égout.

Je me réveille en sursaut...
# Posté le lundi 26 mai 2008 10:23
Modifié le mardi 27 mai 2008 10:10

Le sens de la vie

Pour faire un enfant, vous prenez du sperme humain, de l'ovule humain, et vous mélangez le tout. Au bout de 9 mois, c'est prêt. Pour faire un Quatre-Quart, vous prenez des oeufs, du sucre, du beurre, de la farine et une pincée de sel. Ensuite vous devez préchauffer votre four à 220°C, faire fondre le beurre 30 secondes au micro-onde avant de le mélanger avec le sucre, incorporer petit à petit les oeufs, ajouter la farine, puis la levure en poudre, beurrer votre moule avant d'y verser la pâte et mettre le tout au four. Au bout d'une heure de cuisson, c'est bon.

Nous voyons clairement ci-dessus que la vie est beaucoup plus simple à faire qu'un Quatre-Quart nature. Nous en déduisons donc que n'importe quel gâteau est plus compliqué qu'un être Humain... alors arrêtez de m'embêter avec vos questions existentielles !
# Posté le dimanche 25 mai 2008 06:53

Blanchissement

Il y avait en Vestphalie, un jeune homme fort malheureux. Pourtant, ce brave garçon n'était pas spécialement laid, ni particulièrement idiot. En réalité, il n'avait qu'un défaut, sur lequel il complexait plus que de raison. Aurélien - puisque c'est son nom - avait une dentition particulièrement jaune. Ce n'était pas faute de manquer d'hygiène buccale, bien au contraire ! Il se brossait les dents trois fois par jour avec le meilleur dentifrice du monde, ne se refusait jamais un détartrage chez son dentiste bien-aimé, et allait même jusqu'à prendre garde à ne pas manger nourriture trop "salissante" pour ses petites quenottes. Malgré tous ces efforts, rien n'y faisait. Sa dentition continuait de le narguer, dans un rire jaune fort propice à la situation.

Passé quelques années d'acharnement, Aurélien vint à la conclusion que son sourire était victime d'une malédiction. Après avoir testé toutes les méthodes possibles et inimaginables pour mettre fin à ce complexe, il décida d'aller chez un marabout. C'était son ultime espoir. Sitôt cette décision prise, notre brave garçon prit sa voiture et fonça à toute allure vers l'arnaqueur le plus proche. Malheureusement, la pluie se mit à tomber au milieu de son chemin. La vitesse de son véhicule conjuguée à l'humidité de la route l'entraînèrent droit dans le mur... Le pauvre homme reçut le volant en pleines dents, si bien que les coquines tombèrent une à une, sans exception. Quiconque aurait vécu ce drame verrait son moral gravement atteint. Il n'en était rien pour sieur Aurélien. Au contraire, il se trouvait fort heureux de n'avoir plus de dents, car par la même occasion, sa dentition ne fut plus jamais jaune.

Moralité de cette histoire : ne tentez jamais de résoudre un problème, détruisez tout !
# Posté le vendredi 23 mai 2008 13:05